Daniel Roche

(Le Chat Volant, La Faradole.)

Le Chat Volant
En ce temps-là, on faisait tout soi-même. On faisait son bois, sa luzerne, ses lapins, ses poules, son tilleul, ses fruits, ses légumes… Et on faisait son vin. Le Nette qui devait ce surnom à une déformation de son prénom, faisait tout lui-même, et même, un jour, il fit voler le chat de sa femme, La Thérèse, par la fenêtre.
Il était né en 1895, cela veut dire qu’il partit à 19 ans pour la guerre et qu’il en revint un an plus tard avec une jambe raide, un éclat d’obus ayant fracassé l’articulation de son genou gauche. Il se levait à l’aube, et, avant de partir travailler à ses quelques terres dispersées aux quatre coins du village, tandis que La Thérèse dormait encore, il disposait sur la table de la cuisine tout ce qu’il allait manger à son copieux petit déjeuner. Il sortait du buffet une quantité impressionnante de victuailles. Il ne reviendrait que vers midi après un travail long et pénible.
Une fois que tout ce qu’il allait manger était bien disposé sur la table, Le Nette quittait la pièce et sortait de la maison. Il devait descendre une volée d’escaliers, ouvrir la porte, faire quelques pas dans la rue en pente, entrer dans une autre partie de la maison qui communiquait avec la cave, et, là, sous la voûte creusée dans le rocher, il soutirait son vin d’un tonneau. Puis il faisait le chemin inverse avec sa jambe raide et sa bouteille pleine.
Pendant ce temps, le chat qui s’était réveillé à la même heure que lui, et qui avait guetté avidement les préparatifs du petit déjeuner, avait tout loisir de se régaler des divers fromages et des diverses charcuteries.
Le Nette arrivait. Le chat, tout occupé à son festin, ne l’entendait pas venir. Le Nette, furieux, saisissait le chat par le cou et le jetait à la porte. Cela se passait tous les jours ainsi.
Un jour, son gendre s’aperçut que le chat boitait et il en demanda la raison à son beau-père.
-Le chat de La Thérèse boite parce que je l’ai fait voler par la fenêtre, répondit Le Nette en provençal et en vouvoyant son gendre. Puis il expliqua, toujours en provençal, ce qui se passait tous les jours : tous les jours le chat lui volait invariablement son petit déjeuner. Ce jour-là, excédé, au lieu de le mettre à la porte et de le chasser dans la rue, il l’avait jeté par la fenêtre et l’animal était tombé cinq ou six mètres en contrebas.
-Mais, lui dit son gendre en provençal et en le vouvoyant, pourquoi n’allez-vous pas d’abord chercher votre vin ? -Vous prépareriez votre petit déjeuner ensuite, et vous seriez là pour empêcher le chat de vous le manger… 
-Entièrement d’accord avec vous, monsieur mon gendre, répliqua Le Nette, mais ce n’est tout de même pas un chat qui va me dicter ma conduite !

Farandole
 
La farandole la farandole
Devant la poste
Et la mairie
Près de l’église
L’épicerie
 
La farandole la farandole
Rue des délices
Rue des gâteaux
Rue du réglisse
Pâtisserie
 
La farandole la farandole
Rue du château
Rue des agneaux
Rue des fontaines
Et des jets d’eau
 
La farandole la farandole
Dans la grand rue
Dans l’autre rue
Sur l’esplanade
Sous les platanes
 
La farandole la farandole
Monte et descend
Descend et monte
La rue en pente
La rue montante
 
La farandole la farandole
Rue des lilas
Des bégonias
Rue de la rose
Du réséda
 
La farandole la farandole
Rue des œillets
Rue des genets
Rue des pensées
Rue des bouquets
 
La farandole la farandole
Rue des chansons
Rue des pinsons
Des tourterelles
Des demoiselles
 
La farandole la farandole
Un trouble-fêteTrouble la fête
La mitraillette
Tire au hasard
 
La farandole la farandole
On se croirait
Aux U.S.A.
Au New-Jersey
Au Névada
 
La farandole la farandole
La
Fa
Ran
Dole
S’est arrêtée
Sur la grand place
Il ya des morts
Et des blessés
Sur la grand place
La boucherie

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